CONCLUSIONS

 

 

LA VIE DES PAYSANS

 

LES MAISONS sont faites en matériaux locaux, le pisé et sous-bassement en pierres. Les toits de chaume jusque vers 1800. On craignait beaucoup les incendies (visites des fours et des cheminées ordonnées par le maire dès 1804).

        Ces maisons n’avaient souvent qu’une grande pièce avec une grande cheminée. On y ajoutait 1 ou 2 chambres. Mais il pouvait y avoir un lit dans la cuisine (avec des rideaux). Il n’y avait pas de WC ni de salle de bains. On allait alors dans l’écurie ou dans un abri de jardin.

On n’avait pas d’eau courante. On puisait l’eau dans un puit, une source, et il n’y avait pas de tout à l’égout. On vidait les eaux sales dans la cour. Les meubles étaient simples : tables, bancs, coffres, lits avec paillasse.

        Les fenêtres étaient petites, avec des barreaux de fer. On les agrandit dès 1830. Les vitres en verres sont apparues vers 1820. Avant la fenêtre était fermée par un chassis de bois couvert de papier. On vit apparaître l’espagnolette vers 1830.

        On se chauffait avec la cheminée et on y cuisait les aliments. A la crémaillère on accrochait la marmite pour cuire la soupe et les ragoûts. Pour mijoter, il y avait des marmites à pieds posées sur les braises.

        On utilisait beaucoup de poteries : pot à eau, pot pour le lait, cruches à huile, à eau, à vin. Les assiettes et les plats étaient en faïences rustique. Les poêles en fonte, à 4 trous avec 1 ou 2 cercles apparurent vers 1850. Ils avaient souvent des pieds en pattes d’animaux ; sur le devant une porte à tirette pour l’arrivée de l’air. Ils possédaient un four, une bouillotte pour l’eau chaude.

        Chaque maison possédait un four pour cuire le pain vers 1700. A Saint-Prim on parle du premier boulanger vers 1844.

        Pour s’éclairer on utilisait des chandelles de suif ou des lampes à graisse (la mèche de chanvre trempait dans l’huile). La lampe était fermée par 4 vitres. En 1880 apparurent les lampes à pétrole.

        On utilisa les allumettes à friction dès 1820. Avant on gardait la braise sous la cendre pour faire repartir le feu le lendemain. On portait les braises d’une maison à l’autre.

 

La nourriture

        On mangeait les aliments produits à la ferme sous le second empire. La viande de boucherie ne paraissait sur la table que les jours de fête. Le porc et la volailles la remplaçaient.

        La pomme de terre était la base de la nourriture sous la cendre, en robe de chambre, gratin dauphinois, ragoût avec viande, hachis.

        La farine, les grains sarrasin (blé noir) pour les matefaims, crêpes, le pain, les tartes cuites le jour de la cuisson du pain dans le four, les gaufres, les bugnes.

        Le pain était important. On récoltait son blé. On le menait à moudre au moulin. On récupérait la farine, le son pour les cochons. On mangeait le pain rassis car on ne cuisait pas tous les jours (8jours, 15 jours ?).

        La soupe On en mangeait tous les soirs (soupe de légumes, farine de maïs, blé noir, gruau, raves, oignons, poireaux, fèves, courges, choux, panée). Dans certaines régions la châtaigne tenait une place importante à l’automne et en hiver.

        Les œufs Gobés, cuits durs, omelettes variées. On pouvait tremper dans l’omelette des tranches de pains que l’on faisait frire à la poêle.

        Du lait de poule.

        Le fromage Il complétait les repas ; les tomes, les rigottes, petits fromages de chèvres ou de vaches que l’on mangeait frais ou séchés. On les faisait sécher dans des paniers ou des cages suspendues à une corde en passant sur une poulie. On les conservait dans des pots l’hiver ou dans le marc de raisin. Petafine ou fromage fort, tome daubée ?

        Les fruits

        Le café ? rare (orge grillée, gland)

        Le lait, le miel

        L’eau de vie.

 

Les vêtements

        Vers 1800 les vêtements étaient tissés à la maison. Les femmes filaient, cousaient, tricotaient, raccommodaient.

        Les femmes portaient :

                Un cotillon de droguet (laine et chanvre). C’était une jupe large froncée à la ceinture.

                Un corsage, soit rentré, soit dessus, prenant bien la taille. Il était ajusté sur le buste et avait de longues manches étroites.

                Un large tablier noué dans le dos ou devant s’arrêtant à la taille (satinette foncée, imprimée de fleurettes blanches) avec 2 grandes poches.

                Une fanchonnette sur le tête, la pointe sur le front. Avaient-elles un coiffe ?

                Elles étaient chaussées de galoches, de sabots.

                Dessous une chemise longue, un cache corset en toile blanche, serré qui tenait le seins; pas de culotte, des bas tricotés

        Elles faisaient de la dentelles au crochet ou à l’aiguille pour orner leurs jupons.

        On brodait les tabliers. On amidonnait beaucoup les cols de dentelle, de chemises d’hommes. Le coton se répandit vers 1800.

Les hommes portaient :

                Des galoches, des sabots de bois, des guêtres, des bandes molletières (après 1914)

                Veste et pantalon de droguet, puis de coutil, puis de velours cotelé de coton.

                Bretelles en toile

                Chapeau noir

                Mouchoir de cou

                Les riches portaient une redingote, fendue à l’arrière avec 3 boutons cousus au bord de la fente.

 

 

Le travail

        Ils produisaient eux-mêmes, le nécessaire à leur subsistance. L’argent servait à payer les impôts, acheter les outils, acheter les vêtements. Pour en avoir on vendait les fromages, les œufs, le beurre, la volaille, le bétail.

        On faisait de l’artisanat pour arrondir le budget (paniers), on tissait. On était en plus pendant l’hiver maçon, charpentier, forgeron, charron, couturière, modiste, meunier, brodeuse, tricoteuse. On faisait aussi ces métiers tout en cultivant un lopin de terre. Le bêtes donnaient viande, œufs, lait, beurre, fromages, fumure, traction des charrues, chars, tombereaux.

        On cultiva le chanvre jusque vers 1850 ou 1860. On tissait la toile pour les chemises, les draps, les cordes pour les chars. On tondait les moutons. Les femmes filaient le laine, tricotaient. On vendait le surplus.

        Le travail était incessant du lever au coucher du soleil. Mais la main-d’œuvre était nombreuse jusqu’en 1850. Les enfants aidaient très tôt. Ils étaient envoyés en service dès leurs 8 ans. Ils n’allaient pas à l’école ou seulement les mois d’hiver jusqu’en 1881.

        Les gens aimaient leurs terres. Ils s’entraidaient beaucoup quand il y avait des malades. On devait savoir tout faire de ses mains (travailler aux champs, sortir le fumier, soigner les bêtes, traire, réparer les outils, …).

        Les femmes avaient beaucoup de travail. Elles devaient aider aux champs, soigner les poules, les lapins et cochons, travailler le lait, cuisiner, s’occuper des enfants, laver coudre, filer, broder en gardant les troupeaux. Elles portaient de lourdes charges ce qui explique les fausses couches fréquentes.

        Le temps était le grand souci des paysans et les saisons rythmaient leur travail.

 

 

Référence « Les campagnes françaises » M Clavel-Levêque-Guy Lemarchand.

        Pendant ce 19ème siècle le froment chasse le seigle et le méteil en Dauphiné, comme partout en France. L’avoine, aliment du cheval, progresse en même temps que le nombre de chevaux augmente.

        Les rendements agricoles augmentent en France. Le froment passe de 7,8q/ha en 1815 à 10,7q/ha en 1870.

        Les jachères disparaissent. L’élevage progresse et les prairies artificielles augmentent. On utilise des engrais fertilisant (chaux, engrais minéraux naturels) à cause de la plus grande consommation de viande en ville puis, après 1850, à la campagne.

        La pomme de terre est consommée en Dauphiné dès 1815. L’utilisation pour l’homme devient courante (30millions de quintaux en 1815 contre 98 en 1869).

        Le colza augmente et ralentit vers 1860 (concurrence de l’olive et de l’arachide). Le chanvre disparaîtra alors que le mûrier progresse de 3500 tonnes en 1815 à 10 000 tonnes en 1870.

        La qualité de la viande du bétail s’améliore. En 1840 on sélectionne les reproducteurs ; on croise les espèces. Le poids des bœufs au marché parisien passe de 298 kg en 1812 à 357 kg en 1860. Le rendement laitier national lui aussi augmente de 9 hl en 1852 à 15hl en 1882. La productivité agricole aurait augmenté de 51,8% de 1800 à 1870.

 

La vie rurale s’améliore.

        De 1800 à 1880, il y a des progrès matériels à la campagne qui permettent d’élever le niveau de vie. On a une alimentation plus abondante et plus variée, des vêtements et des chaussures qui seront, après 1850, fabriqués par une couturière, un sabotier. On achètera le tissus et les cuirs. Les plus riches auront des jupes de velours et des coiffes de dentelle. On mettra des tuiles et des vitres au logis. Le mobilier sera fabriqué par le menuisier et il se diversifie.

        Les progrès sont inégaux suivant les régions.

                En 1826 les propriétaires de moins de 5 ha représentent les ¾ des propriétaires. En 1860 68% des exploitations ont moins de 10 ha. En 1882 85% ont 30% du sol. On est souvent petit propriétaire et on complète son exploitation en affermant des parcelles.

                Les journaliers vivent encore pauvrement, surtout les plus âgés qui n’ont pas évolué. Leur logis n’a pas d’eau courante, pas de chauffage. Leurs repas sont frugaux et monotones.

        En 1876 18% des conscrits étaient encore illettrés ; 22,5% des époux ruraux ne signent pas ; 32,5% des épouses rurales ne signent pas.

        Le père détient l’autorité et il y a bien souvent un héritier unique choisit par le père. On ne partage pas le patrimoine. Cela entraîne des procès, des rivalités, des oppositions au sein des familles.

        De 1872 à 1889, le service militaire obligatoire brasse les ruraux, les oblige à savoir le français (patois), les initie à la vie en ville.

 

        Il y a eu 80 années de progrès qui ont modifié la vie à la campagne. Les inventions techniques nouvelles dès 1840 en bouleversant les méthodes agricoles et les transports ont transformé les campagnes :

             Le cheval à la place du bœuf

             Le fer pour les charrues remplace le bois

             Charrue Dambasle en 1820 : 1 soc d’acier et versoir en fonte

             Brabant à 2 versoirs en 1870

             La faux en 1815 détrône la faucille

             La faucheuse en 1855

             La batteuse en 1840

             Le semoir en ligne en 1825

Les transports routiers s’améliorent :

     Le procédé Mac Adam dès 1822

     Les chemins vicinaux élargis

     Les routes royales passent de 12 000 km en 1815 à 38 300 en 1860

     Les routes départementales de 0 km en 1815 passent à 60 000 km en 1850

     Les chemins de fer en 1842 passent de 3000 km en 1850 à 18 000 en 1870.

 

        En même temps on assiste d’abord à un surpeuplement (1789-1840) et à l’exode rural (après 1840).

                Il y a 3.5 millions personnes de plus de 1790 à 1841 puis 300 000 de moins de 1841 à 1851 et 1,7 millions de moins à la campagne de 1851 à 1872.

                Entre 1700 et 1789, la population avait augmenté de 30% (absence de guerre, disparition de la peste depuis 1768, plus de famines importantes ni d’épidémies, progrès dans la circulation des grains, diffusion de l’industrie rurale (toile de lin, lainage)).

                De 1780 à 1795 la croissance se ralentit(on a plus de célibataires, retard de l’âge au mariage, plus d’abandon d’enfants, apparition du coït interrompus, augmentation des naissances illégitimes (remise en cause de la morale catholique (révolution))).

                Après 1840 la natalité rurale baisse (développement de la contraception volontaire (relâchement des contraintes religieuses), on ne partage pas la propriété foncière.

                En même temps, la mortalité baisse ( expansion de la vaccination), on mange plus, on résiste mieux aux épidémies(1850).

                On assiste à une émigration vers les villes. Ce sont les jeunes qui partent (ce qui explique le diminution des naissances rurales). La population rurale vieillit ce qui diminue les facultés d’adaptation et la voie du progrès : routine.

                L’exode rural est favorisé par la concentration foncière (1 seul enfant à les terres, les autres doivent travailler et vivre ailleurs).

                Ils sont attirés par les chantiers du chemin de fer, les travaux en ville (artisans, boulangers, pâtissiers, …), ouvriers d’usine (soie à Lyon, tissage à Vienne), fonctionnaires (poste, enseignement).

                Le développement du machinisme agricole a libéré des bras et on ne trouve plus de travail sur place. Les filles répugnent à se marier avec un paysan. Elles sont domestiques chez les bourgeois ou ouvrières. Les parents conservent la terre jusqu’à la limite de leurs forces. Les cultures sont astreignantes (on n’a pas de vacances, pas de loisirs). L’habitat reste trop vétuste pour attirer les filles. On a fait rester à la ferme, souvent les enfants moins doués.

 

                Beaucoup de bourgeois ont accumulé les terres et les louent aux paysans. Grâce à l’enseignement obligatoire, le français progressera au détriment du patois. En 1875 les ruraux étaient bilingues. Le sentiment national se renforce. On va au cabaret au 2ème empire, au marché, aux foires. La vie associative se crée vers 1850 (fanfare, orphéon). La politique apparaît au village grâce à la pratique des élections municipales. Vote au suffrage universel (1848-1851, 1869-1871) La circulation des idées et les débats politiques pénètrent les campagnes.

On voyait passer des travailleurs ambulants :

     Le vitrier découpait les vitres suivant les besoins

     Le raccommodeur de parapluies

     Le rétameur

     Les bohémiens qui vendaient le fil, les aiguilles, les ciseaux

     L’aiguiseur

     Le marchand de peau de lapin

     Le chiffonnier

     Le matelassier

     Etc…

 

 

Page précédente      Retour 1ere page     Page suivante

© Yannick VOYEAUD novembre 2000