Comment vivaient les paysans

 

Il y avait plusieurs classes de paysans

1. Les Manœuvriers ou Journaliers

a. Ils ne possèdent que la force de leurs bras. Ils travaillent à la journée chez qui veut les employer.

b. Ils font les travaux rudes et pénibles : faucher, moissonner, battre le grain, couper le bois, labourer, défricher, briser le chanvre, presser les pommes.

c. Pendant la mauvaise saison : pluie, neige ; ils n’ont pas de travail donc pas de salaire.

d. Ils ont leur maison, alors que les saisonniers sont des vagabonds

e. Pour vivre un peu mieux, ils exploitent un petit bout de terre, un jardin s’ils en ont un.

f. Parfois l’hiver ils sont tisserands, maçons, couvreurs

g. Ils peuvent être bergers, valets (6 livres par mois)

2. Les Laboureurs

a. Ce sont soit des paysans propriétaires soit des fermiers ou métayers mais possédant tous un attelage, une charrue et du matériel (outils agricoles)

b. Cela leur permet de proposer leurs services pour exploiter les domaines des riches (Ecclésiastiques, Nobles, Bourgeois)

c. Les bourgeois propriétaires leur donnent leurs terres à exploiter en métayage. Toutes les récoltes sont à moitié

d. Mais parfois des métayers (sans attelage) louent des terres et empruntent l’attelage, la charrue à un laboureur, en payant en journées de travail.

3. Les Vignerons

a. Ils possèdent leurs vignes ou cultivent celles des riches

4. Les Domestiques, les Servantes

a. Ils entretiennent les maisons des bourgeois (Ici Mme Vingtain, Mlle de Sambein)

b. Ils étaient en « conditions ». Ils gagnaient 46 livres par an.

i. Exemple : Jason BIE mort le 20 février 1781 à 40 ans : domestique des demoiselles Sambein

c. En général les domestiques étaient nourris, vêtus.

5. Les « Grangers »

a. Je ne connais pas les conditions de vie des « grangers »

i. Exemples : GILIBERT Humbert granger au domaine du château en 179 ?; MORIN Jean granger au domaine de la Fournache

 

Ils organisent leur vie en commun : Une Assemblée à St-Prim ?

1. La vaine pâture

2. Les réparations des chemins

3. Les collectes d’impôts

4. Les communaux

Ils étaient assujettis à d’anciens usages obligatoires comme l’assolement triennal

1. 1° année céréales d’hiver (blé, seigle, méteil)

2. 2° année céréales de printemps (orge, avoine, pois)

3. 3° année jachère (le trèfle, la luzerne et le sainfoin apparaissent au 18° siècle sur une partie des jachères)


4. Il y avait

a. Le droit de Glanage : les pauvres avaient le droit de ramasser les épis oubliés et les chaumes qu’on coupait haut.

b. Le droit de Vaine pâture : la dernière gerbe enlevée, on accordait 3 jours de glanage, puis tous les champs redevenaient communs et chacun pouvait y envoyer ses bêtes sous la garde de vacher ou berger communal.

 

Ils avaient beaucoup de soucis pour manger

     Un ouvrier de campagne gagnait de 13 à 16 sous par jour en 1780. Il pouvait avoir en plus le produit de l’élevage de quelques bêtes, du travail de sa femme et de ses enfants dès l’age de 10 ou 11 ans, du gardiennage d’enfants en nourrice.

Le prix du pain était énorme. Selon les années, il valait 2, 4 ou 5 sous la livre. Si la famille comprenait 3 ou 4 personnes, tout le salaire du jour, passait pour acheter du pain.

     La viande valait 8 à 10 sous la livre. On n'en mangeait pas souvent.

     Le sucre valait 20 sous la livre. On n'en mangeait jamais.

     Le café valait 24 sous la livre. On n'en buvait jamais.

     Une vache 30 à 40 livres (le prix de 54 jours de travail)

     Une brebis 6 livres (10 jours de travail)

     Un cheval 130 livres (200 jours de travail)

Il était impossible à un manœuvrier d’acheter du bétail pour améliorer ses revenus.

Quand le prix du blé augmentait, c’était la famine. C’est pourquoi on faisait souvent payer le prix de sa journée de travail en grains. Le prix du blé a été le plus cher en juin 1789 (ceci a été une des causes de la Révolution). Les pauvres avaient faim.

 

Dans le village il y avait quelques artisans

1.   Maçon : Boniface PERRIN mort le 5/11/1787

2.   Bourrelier : Joseph CADIER né en 1787

3.   Bourrelier-sellier : Joseph BROSSE né en 1763

4.   Charpentier : André MAGNIN né en 1753, Jacques BROSSE né en 1789

5.   Tonnelier : Charles MAGNIN né en 1760

6.   Tisserand : Fleury CADIER né en 1777, Pierre DERVIEUX né en 1753

7.   Tisseur de toile : Benoît DERVIEUX

8.   Meuniers : Jean CHANAS né en 1756, Joseph DUTRIEVOZ né en 1743, Denis GRENOUILLER né en 1757

9.   Mariniers (« Patrons sur les fleuves du Rhône ») Jacques CORNILLON né en 1747, Jean DERVIEUX marié en 1784

10.   Rentiers : Gabriel CRET né en 177 ? mort en 1856, Mme VINGTAIN, Mlle Luce SAMBEIN

Il passait des colporteurs puisque nous trouvons le décès d’une petite fille morte en passant à St-Prim avec son père colporteur du Grand-Lemps. Elle s’appelait Anne BOUVAT, avait 3 ans et est morte le 11 juillet 1788

 

Les filles de St-Prim se mariaient avec des artisans hors de la commune. L’une se marie le 18 février An 2 (1794) avec un tuilier de Chavanay ; une autre le 10 février 1784 avec Étienne BROSSARD ciergier à la ville de Condrieu.

 

Les mendiants

Lorsqu’on mourrait entre 30 et 50 ans, on laissait des enfants mineurs dont l’existence était parfois bien misérable. Il y avait des enfants errants, sans habits qui mendiaient le pain dans le pays. On signale 2 mendiants morts en passant par St-Prim : François VALLET mort à 50 ans le 29 novembre 1786, Marguerite GRENIER morte à 80 ans le 22 pluviôse an 12 elle était née à Roussillon.

 

Les soldats

Il y avait deux recrutements pour les soldats.

1. Les engagés : armée régulière

Certains pauvres sans travail, tentés par les promesses des racoleurs, espérant « manger le pain du Roy » s’engageaient dans l’armée. On trouvait des hommes des campagnes dans les régiments. A St-Prim nous avions Pierre BROSSE (1744-1804) qui était ancien sergent au régiment d’Aquitaine.

2. Armée de réserve : la milice

Elle était formée d’hommes célibataires ou veufs tirés au sort. Le milicien recevait de sa paroisse un habit complet, un chapeau, de bonnes chaussures et une somme d’argent. C’était une grosse dépense pour la commune.

Le service de la milice faisait horreur aux paysans. Ils cherchaient à s’y soustraire soit en payant un remplaçant, soit en se mariant, parfois même en s’enfuyant. On ne sait pas s’il y avait des miliciens à St-Prim.

 

 

Le prêtre

M. GUIRONNET dans son livre « L’ancien régime en Viennois » cite plusieurs faits relatifs à l’église de St-Prim. Je vous les transmets :

1. « On dit que c’est au hameau de Toizieu, entre St-Prim et Chonas, que St-Sévère (prêtre originaire d’Inde ou d’Iran établi à Vienne au V° siècle où il fut évêque) prit contact avec la terre viennoise ».

2. On note un don signé du 30 avril 863 : « dans la villa de Toisieu, l’église de St-Prim avec les terres, vignes et forêts et serfs qui constituent la dotation ».

3. En 1729 M. BASSAT curé de St-Prim reçoit :

Portion congrue payée par les fermiers de St-Pierre

270 livres

Les fonds abandonnés à ladite cure 30 livres
Le rapport annuel d’une vigne d’une fosserée et demy : 3 charges de vin à 5 livres 15 livres
Les novales évaluées en année commune (dîme sur les nouvelles cultures) 3 livres
Casuel en année commune 3 livres

Total des revenus le 2 août 1729

321 livres

 

4. Dans l’église de St-Prim, « chapelle Ste-Anne et St-Nicolas »

« Messire Jacques PATRIER, prêtre et curé d’Anjou, recteur de ladite chapelle de Ste-Anne à St-Prim, de la nomination de M. Sambein ».

Le revenu de ladite chapelle est affermé par acte reçu par CONJARD notaire, le 25 may 1727 à la somme de 48 livres ;

Charges :

« Le service de ladite chapelle et d’une messe par semaine sur le pied de 8 sols la messe, monté à 20 livres 16 sols. Reste : 27 livres 4 sols. Le 29 août 1729 »

5. Le curé nommé en 1776 à 42 ans, est Antoine AYMARD.

 

Le curé baptise les nouveau-nés, le jour même de leur naissance, été comme hiver. Il assure les mariages, communions, sépultures. L’évêque vient faire les confirmations.

Voici le procès-verbal établi lors d’une visite pastorale à la paroisse de St-Prim cité par M. Guironnet :

« Le septième de may mil six cent quatre-vingt-dix et neuf » Armand de MONTMORIN archevêque et comte de Vienne donne la confirmation « aux habitants de la paroisse de Saint-Prime au nombre d’environ cent personnes » puis il fait la visite de l’église. La nef est en bon état « mais le sanctuaire et le clocher qui est entre la nef et le sanctuaire menassent ruine ; les voûtes et murailles s’étant entrouvertes  en plusieurs endroits, à quoi il est important de promptement remédier. »

Il est fait, à cette occasion, l’inventaire des objets du culte : 3 chasubles, point de ciboire, si ce n’est une petite boite portative pour porter le St-Sacrement aux malades.

L’archevêque ordonne à l’issue de sa visite, que les réparations soient faites et « nous déclarons que si dans six mois notre ordonnance n’est pas exécutée, nous interdirons ladite église ». Les paroissiens doivent en outre fournir « un ciboire d’argent doré en dedans ».

 

6. En 1760 on bénit une cloche qui porte ces mots « J’ai esté refondu aux frais de Marie PAQUET, veuve du Noble Claude SAMBEIN, seigneur de la maison forte de St-Prime, conseiller du Roy, président de la chambre des comptes et autre du Dauphiné. Parrain : Pierre Anne de Loras, doyen de l’église de Vienne et seigneur de St-Clair. Marraine : demoiselle Françoise de Sambein. Jean-Baptiste BASTIER curé 1760 ». La cloche d’un diamètre de 64 cm donne la note ré.

 

Dans une population ne sachant ni lire, ni écrire, le curé transmet les ordonnances royales en les expliquant. Il annonce à l’issue de la messe paroissiale, où la population du village est rassemblée, les décisions du bailliage ou de l’administration fiscale. C’est lui qui lit aux paroissiens les terres à vendre, les contrats de métayages, les décisions de justice. Il est souvent le seul lettré du village.

 

 

La Chasse

Les bêtes sauvages étaient nombreuses : cerfs, biches, sangliers, lapins, lièvres, renards, perdrix sans parler parfois des loups.

Or, la chasse, privilège de la noblesse était formellement interdite aux manants. Pourtant, les paysans soucieux de protéger leurs récoltes, et désirant se procurer un supplément de nourriture se risquaient à chasser en cachette, mais les punitions étaient sévères.

 

 

La population

En 1709 on comptait 41 feux fiscaux à St-Prim, mais combien cela faisait-il d’habitants et de familles ? Les familles se regroupaient en grand nombre de personnes : les parents, les enfants, souvent les grands-parents, parfois des oncles, tantes s’ils étaient célibataires, les enfants mariés et les petits-enfants.

En 1790 il y avait 333 habitants

En 1801                370

En 1806                409

En 1810                375

Comme dans le reste de la France la population tend à augmenter pendant ces  20 ans. Il y a 303 naissances et 244 décès ce qui fait un excédent de 59. Mais il y a 141 décès d’enfants de 0 à 15 ans ce qui fait 57% des décès.

La mortalité infantile était très grande : 1 enfant sur deux n’atteignait pas l’age de 15 ans. Ils mourraient surtout de 0 à 8 jours (les premiers jours de la vie), beaucoup de 1 mois à 10 ans.

En 20 ans nous avons

Nombre de décès

 Agé de

29 0 à 8 jours
10 8 jours à 1 mois
24 1 mois à 1 an
50 1 an à 5 ans
29 5 ans à 10 ans

 

Les décès sont irréguliers selon les années. Ils sont plus important en 1789, 1791 et 1792, premières années de la Révolution. On sait qu’en 1789 le blé était rare et très cher. Ces décès sont sûrement dus à une malnutrition, une famine. La nourriture était peu variée : pain, bouillie, soupe de choux, de raves, de navets, de carottes (sans pommes de terre). On mangeait très rarement de la viande beaucoup trop chère. Si le pain et la farine manquaient c’était la famine. On ne mangeait pas de pain blanc, seulement pour les riches et les bourgeois. On mangeait du pain bis et du pain de seigle.

Mais dans l’ensemble on ne sait pas précisément si c’est un hiver froid, une mauvaise récolte, une famine, une épidémie qui causèrent ces décès.

Il n’y a pas de mariage sur les registres de 1797 à 1802. Il fallait aller à Auberives pour se marier.

Quand on regarde le tableau des décès pour ces 20 ans on remarque :

1.             Beaucoup d’enfants morts de 0 à 8 jours et beaucoup de 1 an à 5 ans.

a.    Les premiers jours s’expliquent par les conditions de l’accouchement. Les femmes accouchaient chez elles dans des conditions d’hygiène qui ne sont pas celles de nos jours. Et il y avait les complications, enfants trop gros, hémorragies ; on ne pratiquait alors ni césarienne ni transfusion.

b.    La mort de 1 an à 5 ans s’explique par la malnutrition. Les enfants étaient nourris par leur mère (on ne connaissait pas les laits artificiels). Si la mère était de nouveau enceinte, elle cessait d’être nourrice. Les naissances étaient nombreuses et rapprochées : moins de deux ans souvent. L’enfant sevré avait une nourriture pauvre, non appropriée à un bébé (bouillie de farine). Il y avait une forte mortalité d’enfant d’août en octobre pendant les chaleurs (diarrhées).

2.    Il y a 9 morts de 25 à 30 ans. C’étaient des femmes jeunes mortes en couches et des hommes morts certainement d’accidents du travail. On utilisait des chevaux, des bœufs, des chars, des carrioles et les accidents étaient nombreux. On en retrouve 8 entre 35 et 40 ans, essentiellement des hommes.

3.    Il y a 28 décès de 50 à 60 ans. Les cultivateurs et leurs femmes étaient usés  par une vie de travail dur. Ils mourraient relativement jeunes. Ceux qui passaient la soixantaine, les plus robustes, vivaient fort vieux.

4.    18 décès de 70 à 80 ans et même un grand-père Jacques CLEMARON de 90 ans mort en 1785.

 

Page précédente      Retour 1ere page     Page suivante

© Yannick VOYEAUD novembre 2000