LE CANTONNIER 1862

 

Pour entretenir les chemins vicinaux on créa le poste de cantonnier  le 28 septembre 1862 :

Mr le sous-préfet de l’arrondissement de Vienne en date du 10 septembre 1862 invite l’administration communale de Saint-Prim à prendre les mesures pour la création d’un cantonnier…

Le conseil municipal considérant qu’effectivement la création d’un cantonnier rendrait des services importants pour l’amélioration de la vicinalité… est d’avis de fixer à 300 francs annuellement le montant de son traitement.

Cet agent serait chargé de la police communale et on lui accorderait 3 mois de l’année, à partir du 24 juin au 24 septembre, où il pourrait disposer de son travail. Pendant ce temps il resterait chargé néanmoins de la police communale.

 

 

26 novembre1865

Monsieur le maire rappelle qu’à la dernière réunion du conseil, plusieurs de ses membres observèrent qu’il serait dans l’intérêt de la commune et de la viabilité de ses chemins d’apporter une surveillance active aux travaux exécutés ou dirigés par le cantonnier, attendu que la surveillance exercée actuellement sur cet employé de la commune par les agents de la petite voirie était insignifiante, car elle n’avait lieu que très rarement à l’époque des prestations et que tout le reste de l’année le cantonnier était son propre maître. Que pour remédier à cet inconvénient il serait à propos de désigner au choix 3 membres du conseil municipal qui seraient chargés pendant toute l’année de surveiller le cantonnier soit sur son propre travail, soit sur l’emploi des prestations qu’il est chargé de diriger.

 

Le cantonnier n’a pas du apprécier d’être surveillé et il démissionne.

 

12 août 1866

Le maire expose que par suite de la démission du Sieur IZERABLE Étienne, la place de cantonnier qu’il occupait se trouve actuellement vacante ; qu’il serait donc urgent dans l’intérêt d’une bonne vicinalité de pourvoir au plus tôt à son remplacement. (5 candidats se sont présentés pour demander à occuper la place).

Son traitement annuel sera de 250 francs. On lui accordera les mois de juillet, août et septembre pour ramasser son blé. Pour améliorer encore le sort de cet agent de la commune on pourrait le charger d’occuper la place de garde-commissaire pour veiller à la fermeture des cabarets et à l’exécution des règlements de la police communale et celle de mandeur. Pour ces deux fonctions, il lui serait alloué annuellement la somme de 80 francs : savoir 50 francs pour les fonction de garde-commissaire et 30 francs pour celle de mandeur. Qu’au moyen de cette combinaison le nouveau cantonnier étant très convenablement rétribué les membres du conseil municipal chargés de sa surveillance seront en droit d’exiger de lui un travail consciencieux.

On nomme JURY Humbert cantonnier.

 

11 novembre 1866

La nomination de JURY Humbert n’a pas été accepté par le sous-préfet à cause de l’age avancé de ce candidat.

Le conseil déclare: malgré un âge un peu avancé, vu sa parfaite moralité et sa bonne constitution, est encore capable de fournir un travail sérieux, prie l’administration d’approuver la nomination de ce particulier… au moins pendant l’année 1867 pour que Mr l’agent voyer cantonal puisse juger par lui-même de son aptitude et le maintenir s’il y a lieu encore quelques années après.

Par suite du contingent en argent que la commune est obligée de fournir chaque année pour le chemin n°32 de Saint-Prim à la gare des Roches de Condrieu il lui serait impossible de subvenir en 1867 à la dépense du traitement d’un jeune cantonnier, tandis que le sieur JURY Humbert, par suite de son âge, se contente d’un modique traitement.

 

17 février 1867

Le sieur Jules GIVORD est nommé cantonnier. Il est provisoirement employé à la réparation des chemins vicinaux depuis le 1er février. Il gagnera 300 francs à condition de travailler sur lesdits chemins depuis le lever du jour jusqu’au coucher du soleil pendant toute l’année à l’exception des mois de juillet, août et septembre qui lui seront réservés.

Il sera placé, comme l’ancien cantonnier sous la surveillance de Mrs les conseillers municipaux GUESDRON, CLÉMARON et DUTRIEVOZ.

 

22 mai 1870

Le cantonnier fera exécuter la loi relative à la fermeture des cabarets, et surveillera la récolte des vignes pendants 15 jours avant et pendant la récolte. On l’augmentera annuellement de 50 francs. Il sera exonéré de travailler sur les chemins pendant les 15 jours qu’il sera occupé à surveiller la récolte des vignes.

 

14 décembre 1870

Pendant la guerre, on supprime l’emploi de cantonnier depuis le 1er octobre 1870. En 1873 on paie à nouveau un cantonnier.

 

7 juin 1874

Par suite de plaintes nombreuses adressées au sujet de contraventions commises le long du parcours de plusieurs chemins vicinaux et ruraux de la commune et des dégâts occasionnés à plusieurs propriétaires par les moutons, chèvres et autres bestiaux, il y aurait urgence, ne pouvant faire mieux actuellement faute de ressources suffisantes de nommer un garde-commissaire qui serait chargé de dresser procès-verbal contre les auteurs des contraventions et dégâts précités.

Le conseil décide de désigner le sieur COTTONET Antoine, cantonnier, pour remplir les fonctions précitées. Cet agent moyennant un traitement supplémentaire de 100 francs par an devra surveiller tout en travaillant aux chemins les contraventions et les dégâts qu’il pourrait s’apercevoir.

Pendant le temps des vendanges, journellement, faire une tournée dans les vignes. Il fera aussi exécuter les règlements de police relatifs à la fermeture des cabarets.

Pendant le temps qu’il ne sera pas employé au service de la commune comme cantonnier, il devra néanmoins constater quand il s’en apercevra ou en sera requis les dégâts et contraventions à sa connaissance. Et tous les dimanches il devra faire une tournée pour la surveillance des chemins et propriétés.

Remarques

Je remarque que la commune était un patron exigeant et que le cantonnier n’avait guère de congés ! et n’oublions pas qu’il était surveillé tout en surveillant !

Mais ceci est un point de vue du 20° siècle. Nous sommes 100 ans avant les congés payés de 1936. A cette époque, tout le monde travaillait du lever au coucher du soleil et ne se reposait que le dimanche. Les ouvriers, dans les usines travaillaient quinze à seize heures par jour. La commune n’exigeait pas plus de ses salariés que ce qui se faisait alors.


 

APRÈS 1848

 

La révolution de 1848 donna le droit de vote à tous les hommes. On ne sent pas d’enthousiasme politique particulier à Saint-Prim.

En 1852 Napoléon III est Empereur : Un enthousiasme débordant naît dans le village jusqu’en 1860. Mais que de déception après Sedan en 1870.

 

A Saint-Prim on est surtout préoccupé par les problèmes locaux et le manque d’argent permanent au budget communal. Il faut reconnaître que pendant cette période les problèmes arrivent en rafales :

1848 l’église s’écroule !

1850 on change de cimetière. Il faut payer le mur de clôture ; payer pour faire enlever la terre du vieux cimetière.

1863 construire un autre presbytère !

1868 reconstruire le clocher !

Que de frais

 

On demande des secours auprès du gouvernement plusieurs fois. Ils sont toujours refusés sauf en 1865, on reçoit 900 francs pour le presbytère.

La seule ressource c’est la vente des communaux qui rétrécissent. Malgré cela il a encore 35ha affermés en 1860. Il devait y en avoir une belle superficie au moment de la révolution.

On procède aussi à des impositions extraordinaires faites avec l’accord des propriétaires les plus imposés de la commune. Ils ne semblaient pas toujours très satisfaits.

 

Mais c’est une période de prospérité agricole. Plusieurs fois on parle de vignobles qui couvrent la moitié de la superficie de la commune. Dans la plaine il y a des cultures céréalières.

Il semble que le niveau de vie des habitants restés au village se soit amélioré.

Mais il y a moins de main d’œuvre et la population baisse nettement après 1860.

Les paysans riches ont pu acheter des communaux. Les pauvres n’ont toujours rien de plus et des communaux en moins pour y mener paître leurs bêtes.

 

C’est l’exode rural. Les jeunes quittent le village pour aller travailler en ville à Vienne, Lyon, St-Chamond, aux chemins de fer dès 1850.

Les femmes travaillent dans la confection (brodeuse sur tulle). On gardait des enfants en nourrice.

A Saint-Prim, on ne parle pas en mairie de l’apparition des inventions et des machines nouvelles :

     1850 le télégraphe, le ciment qui améliore le bâtiment

     1852 les charrues à versoirs mobiles

     1865 le brabant double, les tarares, les machines à battre le blé.

Des invention améliorent la vie en France :

     Les allumettes, les montres à bas prix, la boite en fer blanc, la lampe à pétrole qui remplace les chandelles (les bougies n’étant utilisées que chez les grands riches).

 

On construit ou on agrandit 2 routes importantes pour le village :

     En 1861 la route de Glay au CD4 qui au grand regret du maire ne passera pas par le village de Saint-Prim.

     En 1863 à partir de 1863 et pendant ??? années on construit la route de Saint-Prim aux Roches de Condrieu passant par Mordant.

 

En 1849 on créa le premier timbre poste de 25 centimes pour affranchir les lettres de 7,5 grammes.

En 1868 nous sommes rattachés au bureau des postes des Roches de Condrieu ce qui évitera de payer le péage du pont de Condrieu pour poster le courrier à Condrieu.

 

Pour la première fois des personnes meurent à l’hôpital, hors du village.

     Mme IZERABLE était morte à l’hospice de Vienne le 17 septembre 1859.

     Nicolas DUTRIEVOZ était mort à l’Antiquaille le 14 août 1864.

 

 

 

ENTHOUSIASME NAPOLÉONIEN

 

Il semblerait que les habitants de Saint-Prim n’ont pas été très enthousiasme par les divers régimes qui se sont succédés de 1780 à 1880.

Pendant la révolution, ils ont obéi aux ordres reçus : manifestations des fêtes révolutionnaires dans la commune. Ils n’allaient pas à celle du canton, à Roussillon, c’était trop loin…

On a l’impression qu’ils faisaient ce qu’ils ne pouvaient se dispenser de faire, mais sans plus.

Sous Napoléon Ier c’est pareil.

Sous la restauration, ils sont accablés par les problèmes communaux, un budget qu’ils n’arrivent pas à équilibrer. Aucun secours ne vient de l’état, malgré des demandes répétées !

Mais sous Napoléon III, on note un enthousiasme délirant, telles ces « adresses à l’Empereur » que l’on trouve au milieu des délibérations du conseil municipal. Les Vive l’Empereur ! Vive l’Impératrice ! Vive le Prince Impérial! retentissent avec les points d’exclamations !

La première est adressée le 29 août 1852 à Napoléon Président de la République.

En 1853

                1856 Naissance du prince impérial ; ils sont prêts à lui prodiguer leur sang et leurs biens !

                24 janvier 1858    « La divine providence accorde une protection visible à l’empereur en le sauvant miraculeusement d’un odieux attentat hourdi par de vils et infâmes assassins.    Que nos descendants répètent ces cris de bonheur et de gloire que nous poussons avec tant de joie aujourd’hui ! »

                  Puis on célèbre la paix de Villa-Franca en Italie le 15 août 1859    « L’aigle impérial vrai symbole de l’impétuosité de l’ardeur guerrière des soldats français planera de nouveau sous le beau ciel d’Italie avec autant de gloire que sous la 1ère République. »

                  Ils en sont à exprimer leur « ardente reconnaissance ».

 

Puis de 1859 à 1870, on ne trouve plus « d’adresses à l’empereur ». « L’aigle Impérial » aurait-il déçu ses fidèles admirateurs ? Car ce fol enthousiasme va se terminer après le 2 septembre 1870 (désastre de Sedan) par une rétractation de serment du conseil municipal le 5 septembre 1870. Autant ils ont été enthousiastes, autant ils sont amers et durs dans leur déception !

 

Rétractation de serment du conseil municipal de Saint-Prim.

Le conseil municipal de Saint-Prim, en attendant qu’il soit procédé à de nouvelles élections municipales, déclare à l’unanimité rétracter le serment de fidélité qu’il avait prêté le 4 septembre dernier, jour de son installation à Louis Napoléon Bonaparte alors chef du gouvernement de la France en motivant cette détermination sur ce que ledit Louis Napoléon Bonaparte par son ineptie et sa lâcheté a contribué aux malheurs qui accablent aujourd’hui la patrie en danger.

                            Fait à Saint-Prim le 5 septembre 1870.

 

 

 

4 soldats sont morts sous Napoléon III

BOULUD Zacarie, mort à Rome le 2 août 1849 à l’hôpital de Santo Spirito. Il était fusillier au 68° régiment de ligne. Il est mort de la typhoïde.

CLÉMARON Pierre mort à Carcassone le 23 juillet 1854. Il avait 22 ans.

PETREQUIN Pierre mort le 17 septembre 1855 à l’hôpital militaire de Dalma Batché. Il était soldat à l’armée d’Orient et il fût blessé à la poitrine.

VELIN Joseph mort le 27 mai 1859. Il était sapeur au 3° régiment de génie. Il est mort au poste de Kenieba.

 

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© Yannick VOYEAUD novembre 2000