UN OUVRIER LILLOIS
AU XVIIe SIÈCLE.
  
CHAVATTE et sa chronique.

	Dans la seconde moitié du XVIIe siècle, vivait à Lille, sur la paroisse St-Sauveur,
un tisserand, sayetteur de son stil ou métier, Pierre-Ignace Chavatte, fils d'Estienne Chavatte
et de Barbe Marine, sage-dame.
	C'est un simple ouvrier, mais un ouvrier franc, ayant conquis son titre et fait son
chef-d'oeuvre, appartenant complètement à sa corporation, intéressé au maintien de ses anciens
privilèges. C'est un garçon intelligent, qui sait agir, a de l'initiative, comme nous verrons.
Il est très instruit pour son temps et sa condition, de plus il est serviable, plein de coeur,
de courage, de dévouement; en portant secours à des incendiés, il se cassa la jambe le 26
septembre 1669. Pendant le siège de 1667, il eut deux hommes tués à ses côtés. Il aime
l'histoire, surtout celle de Lille, sa patrie, au point de copier la chronique d'un autre
ouvrier de son stil, probablement, Mathieu Manteau, et de la continuer depuis 1657, jusqu'au
jour où la maladie ou la mort l'ont forcé d'interrompre ce travail, en février 1693.
	Sa langue est celle des ouvriers lillois au XVIIe siècle; et on peut y remarquer
certaines locutions locales qui ont persisté et qui ont cours encore aujourd'hui. Le style prête
facilement à des quiproquos singuliers citons au hasard à titre d'exemple:
	"-l'assassin se sauva hors la ville et fut noyé en la rivière de Gand qui était
poursuivi de la justice.
	-le fils de Remue t'langue fut tué par le fils Lecat que son père avait été sot de la
ville d'un coup d'épée devant le château.
	- On ne connut cet incendie que le lendemain parce qu'on en fit pas l'alarme laquelle
faisait grand froid.
	-Un jeune français Picavet tomba dans un puits qui criait vive le roi."
	L'orthographe est un type caractéristique de cette orthographe phonétique, tant prônée
aujourd'hui par toute une école, mais on peut douter que la lecture de notre manuscrit lui
attire de nouveaux adhérents. En vain on feuillette les dictionnaires, on interroge les lillois
les mieux informés, on se heurte trop souvent à une impossibilité d'obtenir le renseignement,
l'explication désirée.



©Yannick VOYEAUD mai 2002
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