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 Monument cimetière de Challes

En préambule je veux remercier Mr Roger DUMOLLARD qui m'a autoriser à copier, in extenso, ci-dessous l'ouvrage que l'association CONNAISSANCE de CHALLES-LES-EAUX et de ses ENVIRONS , dont il est président, à publié en 1996 "A LA MEMOIRE DES 19 OTAGES DU VALROMEY FUSILLES A CHALLES LES EAUX LE 20 JUIN 1944"

 


Couverture

	Les recherches, la rédaction et les photographies ont été réalisées
par les soins de Messieurs Roger DUMOLLARD et Henri PESLIER de "Connaissance
de CHALLES LES EAUX et de ses environs", ainsi que de Monsieur Maurice
DUBREUIL  secrétaire du "Comité cantonal du Souvenir Français" de LA RAVOIRE.
 
	Le traitement de texte et la présentation ont été pris on charge par Madame
Sylvie MOLINARO, à titre personnel.
 
	Certains renseignements proviennent de "Le VALROMEY dans la
guerre  - L'incendie de ST MAURICE - 15 juin 1944", ouvrage écrit
par Monsieur Louis DOUILLET et de "Le VALROMEY en scène" du même auteur.
 
	Enfin nous remercions chaleureusement pour sa contribution financière,
"Le Souvenir Français", représenté par Monsieur le Colonel Marcel
BELLEMIN et par son adjoint Monsieur Michel ARNAUD, au niveau du
département de la SAVOIE et de Monsieur Gérard EULITZ, président
du Comité du canton de LA RAVOIRE.
 
 
 
 
 


 

INTRODUCTION

 
 
 
 
	Le 20juin1944, 19 personnes étaient fusillées par les Allemands au lieu-dit “LES
ROCHETTES" sur la commune de CHALLES-LES-EAUX, en limite avec celle de BARBY.
 
	Le but de cette plaquette est de retracer l'histoire de ce massacre, afin que le souvenir
de ce drame ne s'efface pas avec le temps. Mais, depuis, plus d'un demi-siècle s'est écoulé. La tâche
n'a donc pas été très facile du fait de la disparition de nombreuses personnes, et de la difficulté,
bien compréhensible pour chacun, de retrouver les faits au fond de sa mémoire. Cependant nous
avons pu recueillir des térmoignages et des renseignements importants et intéressants qui
permettent de retrouver le fil des évèrements.
 
	Nous avons pris le parti de ne pas faire un récit d'un seul tenant, mais de laisser au lecteur le
soin de le bâtir, comme les pièces d'un puzzle, au fur et à mesure de la lecture des différentes
déclarations.
 
	Nous remercions celles et ceux qui ont bien voulu nous aider et que nous citons plus loin,
ainsi que les représentants de la résistance de l'AIN, Messieurs Rayrnond JUILLET, actuel Maire de
CHAMPAGNE en VALROMEY, Président de l'amicale des résistants du VALROMEY, Louis
DOUILLET, son secrétaire, Georges BOBILLON, son trésorier et Robert DURAND, son
porte-drapeau, sans oublier l'infatiguable Henri REVEL, président de l'Amicale des Anciens de
l'Armée Secrète de BARBY.
 


 
 

CARTE des combats

 


CAUSES DE LA PRISE D'OTAGES

 
 
 
	LA SITUATION SUR LE TERRAIN
 
 
	Le secteur concerné du département de  l'AIN est délimité grossièrement
à l'est et au sud par le RHÔNE, à l'ouest par la rivière l’AIN et au nord
par la région de NANTUA. Géographiquernent, c’est le sud du JURA, donc
constitué de montagnes moyennes, dont les chaines parallèles orientées
nord-sud, boisées, ne sont pas toujours d'un accès facile. De nombreux villages s'y trouvent
néanmoins.
 
	C'est de cette situation favorable dont ont profité le maquis de l'AIN.
Certains résistants formaient de véritables camps sur les hauts plateaux,
tandis que d’autres étaient immergés dans la population, les uns aidant les
autres pour ce qui était de l'armement et du ravitaillement.
 
	Dans ce contexte, le VALROMEY et les cantons limitrophes d'HAUTEVILLE
et de VIRIEU-LE-GRAND nous intéressent plus particulièrement, puisque les
malheureux fusillés de CHALLES-LES-EAUX en étaient originaires. C'est un
secteur drainé par la rivière SERAN, limité à l'ouest par la CLUSE DES HOPITAUX et le PLATEAU D'HAUTEVILLE, à l'est par la montagne
du GRAND COLOMBIER, avec tous les atouts décrits précédemment.
 
 
 
 
 
	L'ACTIVITE RESISTANTE
 
 
	Elle s'organise surtout à partir du début de l'année 1943, après
l'occupation de la "ZONE LIBRE" par les Allemands en novembre 1942 et
l'institution du servicedu travail obligatoire en ALLEMAGNE (S.T.O.)
 
	La situation se durcit à partir du début de l'année 1944. Le 2 février
un accrochage sévère a lieu à RUFFIEU entre un convoi allemand et les
maquisards ce qui déclenche, 3 jours après, une opération de représailles
menée par des étérnents des 98ème, 99ème et 100ème bataillons de la 157ème
division d’infanterie de montagne de réserve de CHAMBERY. Pendant une dizaine de
jours, rafles et déportations se succèdent.
 
	Le 6 juin c’est le débarquement en NORMANDIE et le 8 l'ordre d'insurrection générale
donné par LONDRES. Des centaines de personnes rallient le maquis. Les routes
sont coupées, les voies ferrées ainsi que les lignes téléphoniques sont
sabotées. Le 13 les mêmes troupes allemandes reviennent encore une dizaine
de jours. Des combats furieux ont lieu comme par exemple au col de LA LEBE
où le village de ST MAURICE est incendié. Le pont ferroviaire de MARLIEU,
sur la commune de TALLISIEU, saute. Cette fois les Allemands n'ont plus le
temps de déporter, ils fusillent. C'est là que se situe l'épisode des 19
martyrs de CHALLES LES EAUX.
 
	Les Allemands, excédés par les actions des résistants, firent plusieurs
incursions dans le région, particulièrement à CONTREVOZ où le 19 juin, ils
effectuèrent une rafle au cours de laquelle de nombreuses personnes ont
été arrêtées et regroupées, dans un premier temps, à  l'école d'ARTEMARE.
 
	Monsieur PACOT, Maire de CONTREVOZ, alerta le Sous-préfet de BELLEY.
Ils se rendirent ensemble au quartier général allemand à ARTEMARE pour
négocier la libération des détenus.
 
	Après avoir subi interrogatoires et identifications, certains sont
relachés. Dix-neuf personnes sont retenues et enfermées dans la cave d’une
maison proche, en attendent d'être emmenées par les troupes de représailles
basées dans la région chambérienne. On peut supposer que ces personnes
furent interrogées par la Gestapo à CHAMBERY, puis qu'elles prirent le chemin
de CHALLES LES EAUX pour être exécutées en début de soirée, le 20juin.
 
	Les maquis sont désorganisés, mais ils se reformeront en juillet, ce qui
motivera une troisième incursion des occupants, toujours d'une dizaine de
jours, avec des conséquences semblables.
 
 
 
 

Les témoignages qui suivent permettent de se faire une idée de l'atmosphère de l’époque et surtout d'essayer de reconstituer, au plus près, 1e déroulement des événements, même si leur concordance est parfois déficiente du fait des années écoulées. Is sont donnés sous la responsabilité de leurs auteurs.

 
 
 

TÉMOIGNAGES ET RENSEIGNEMENTS

 
 
 

M. ET Mme Emile HEUREUX (habitant actuellement BELLEY)  ACCROCHAGE DE PREVEYZIEU DU 13JUIN 1944 COMMUNE DE CONTREVOZ (AIN)

 
	Le groupe de LAGNIEU du Maquis de l'AIN avait attaqué les positions
allemandes sur le pont DE SAULT-BRENAZ et rejoignait en soirée son campement
sur le plateau d’HAUTEVILLE.
 
	L’itnéraire par ORDONNAZ est imposé du fait de la destruction du pont
sur la voie ferrée entre LA BURBANCHE et LES HOPITAUX, puis CONTREVOZ,
VIRIEU LE GRAND, LUTHEZIEU.
 
	Au passage à ORDONNAZ, une partie du groupe, 4 maquisards, reste à l'école
qui est utilisée comme relais. Le reste du groupe repart en camion en directon
de CONTREVOZ par PREVEYZIEU pour y passer la nuit.
 
	Vers 22 H 00, un camion rempli d’Allarnends en armes stoppe devant l'éc.ole
Un Allemand se dirige vers l'école ou 8 maquisards stationnent et pas d'issue
de secours. MARTINET, un des 8, va au devant sans arme et détourne sa vigilance
en lui demandant du tabac. L'Allemand était descendu du camion pour se
renseigner sur la direction de CONTREVOZ. Après renseignement, le camion
part en direction de PREVEYZIEU.
 
	A l'école, après la frayeur, c'est la consternation, car pas de moyen
pour informer les copains de l'arrivée des Allemands!
 
L'accrochage a lieu à l’entrée de PREVEYZTEU avec les sentinelles:
	- MAZZIA est touché par deux balles, une qui ricoche sur son arme à la
		ceinture, l'autre lui traverse les poumons.
	- SISABURO, une balle se loge dans la poitrine, près du coeur.
	- DUPONTse casse une cheville en se repliant.
	- LARRAZINO est touché mortellement.
	- Les Allemands se replient avec plusieurs morts et blessés.
 
	Les maquisards blessés seront cachés dans PREVEYZIEU toute la journée.
Le docteur SPEKLIN (alsacien d’origine), chirurgien à l’hopital de BELLEY,
viendra les soigner en soirée, et les hospitaliser à l'hôpital de BELIEY dans
le service réservé aux détenus. Tous les blessés s'en sortiront.
 
	Mme HEUREUX (Mlle GIRARD an 1944) était l’institutrice d’ORDONNAZ et
habitait l'école.
 
	Mr HEUREUX faisait partie des a maquisards qui stationnaient à l’école
d’ORDONNAZ le soir de l'accrochage.
 
 
 

M. Ramon SANTOS LES ESPAGNOLS DE PREVEYZIEU COMMUNE DE CONTREVOZ (AIN)

 
 
	En 1944, une quarantaine d'Espagnols habitaient PREVEYZIEU ils étaient
employés à l’abattage du bois par l'entepnse ROMEGGIO de BELLEY.
 
	Sept d'entre eux ont été fusillés parles Allemands le 20 juin 1944 au
Iîeu dit "LES ROCHETTES" à CHALLES LES EAUX.
 
	En mai 1995, Monsieur Ramon SANTOS qui faisait partie de ce groupe
d'Espagnols rapporte les faits suivants.
 
	"Ce jour-là, j’étais allé cherher de l’eau sur la place, j'ai entendu
le bruit des bottes allemandes. Les Allemands voulaient m'emmener à pied
prendre le camion à CONTREVOZ mais j’ai montré mes sabots et une blessure
au mollet en disant que J’avais été blessé en ESPAGNE quand j'étais dans
l’armée de FRANCO. En fait je passais à MALAGA pour rentrer chez les Républicains 
contre FRANCO. Ce mensonge m'a sauvé."
 
	Les Allemands (Gestapo) ont emmené sept Espagnols à pied de PREVEYZIEU à
CONTREVOZ puis les ont transportés à ARTEMARE.
 
	Ces ouviers espagnols ont été dénoncés par une personne qui a été
condamnée à mort et fusillé par le maquis, à la libération, à proximité du
cirnetière de CONTREVOZ.
 
 
 
 
 

Madame Suzanne MICHON CHAZEY-BONS  SOUVENIR DU 19 JUIN 1944

 
	Dans la matinée du 19 juin 1944, les Allemands ont arrêté vingt personnes
maquisards pour la plupart.
 
	Il les ont obligé à se mettre à genoux sur la place de VIRIEU LE GRAND;
témoins impuissants, nous avons cru qu’ils allaient les fusiller là.
Finalement, ils les ont conduits à ARTEMAPE où se trouvait la Kommandantur
et enfermés dans une cave au centre du village, route de CULOZ.
 
	Ce même jour, mon père, Monsieur Antonin FOLLIET, Maire de VIRIEU LE GRAND 
a été arrêté alors qu’il était chez le coiffeur et conduit également à
ARTEMARE où il a rejoint les malheureux prisonniers dans la sinistre cave.
 
	Là, il a reconnu plusieurs d'entr’eux, notamment Jean GUY qui était
gendarme à V!RIEU. Il a compris alors la cause de son arrestation. En effet
les Allemands l'avaient prévenu, alors qu’ils cherchaient les gendarmes qui
n'étaient plus à VIRIEU, que s’ils en arrêtaient un au maquis, il en
supporterait les conséquences.
 
	Il reconnu aussi un brave homme de VIRIEU, Antoine BELOTTI, que l'on
appelait Tony d’origine italienne il partait très mal le français et était
d'un certain âge. Ce malheureux travaillait dans son champ, route de Lyon,
quand les Allemands l’arrêtèrent; ils avaient, parait-il, trouvé dans ce
champ, une boite de conserve anglaise.
 
	Mon père nous a dit avec beaucoup d'émotion que ces pauvres garçons avaient
été "interrogés très brutalement". Il a toujours été très discret sur ce
qu’il avait vu exactement, par égard pour les familles.
 
	Nous étions sans téléphone, sans moyen de transport, aussi je partis à
bicyclette à BELLEY pour prévenir Monsieur SEYRIEX, Sous-Préfet, qui se
rendit immédiatement à ARTEMARE accompagné d'un cornmissaire de police qui
parlait allemand.
 
	Après de longues heures de discussion avec les chefs allemands, il a
pu faire libérer mon père.
 
	Peu de temps après l'arrestation de papa, arrivait à la maison, Monsieur
BARRIER de ROSSILLON, un ami. Il trouva, bien sûr, maman très bouleversée
et apprit ce qui venait de se passer. "Et moi, dit-il qui venait chercher
mon ami Antonin pour qu'il m'accompagne à la Kommandantur pour me disculper
car les Allemands m'accusent de faire partie du maquis." Puis il partit,
seul, chez les Allemands. Maman s’est reprochée bien souvent de ne pas
l'avoir supplié de ne pas y aller.
 
	Dans la fameuse cave, mon père vit avec stupeur arriver Monsieur BARRIER.
"Mais, lui dit-il que venez vous faire ici?"
 
	Un des otages, un monsieur d’HAUTEVILLE dont j'ai oublié le nom, avait
été envoyé par les Allemands au P.C. des maquisards pour négocier la libération
de deux officiers allemands et d'une femme qui avaient été arrêtés par les
maquisards, alors qu’ils se promenaient en civil, à VIRIEU, près de la cascade
de CLAIRE-FONTAINE, contre la libération des prisonniers d’ARTEMARE. Hélas,
il était trop tard les pnsonniers allemands avaient été exécutés. Le parlementaire
n'est bien sûr pas revenu.
 
	Tous les ans, tant que leur santé l'a permis, cet homme et mon père se
rendaient, le 20juin, en pélérinage à CHALLES. Ce 20juin, où des témoins
virent partir ces 19 martyrs dans un camion, attachés deux par deux et dos
à dos et l'on sait le terrible dénouement.
 
	C’est le coeur serré que j’écris ces lignes, ces souvenirs restent si présents...
 
	Je reste à votre dispositon pour répondre à toutes les questions que
vous voudrez me demander et avec ma famille nous nous associons à tout ce
que vous faites pour que le souvenir de ces martyrs reste gravé dans les
coeurs de ceux qui ont été témoins de cette période bien difficile et pour
que les plus jeunes sachent ce que la France a vécu en cette période d'occupation.

   

   Pont de MARLIEU   Ecole d'ARTEMARE     Cave d'ARTEMARE      

Monsieur Robert DURAND RESISTANT DE VIRIEU LE PETIT  IDENTITES DES OTAGES

 
 
 
	Suite à notre entrevue du 20 octobre 1995 je vous communique les renseignements
que j’ai pu recuellir concernant les 19 personnes fusillées le 20juin 1944
sur le territoire des communes de BARBY et de CHALLES LES EAUX (73), ces
personnes résidaient toutes dans l’AIN.
 
	COMMUNE DE VIEU
BERNARD Georges	BERNINI Joseph	PERSCH Roger
	Résistants capturés par les Allemands sur le territoire de la commune de TALISSIEU (01) le
lendemain du sabotage du pont SNCF de MARLIEU, auquel ils avaient tous trois participé.
 
 
	COMMUNE d’HAUTEVILLE
ARNOULD Alexis	CLEARD Francis	GUILLERMET Gabriel
	Ces résistants avaient pour mission d'aller récupérer des maquisards blessés au col de la
LEBE, avec une ambulance. Ils ont été capturés au cours de cette mission. Gabriel
GUILLERMET avait fait la guerre de 1914-18.
 
 
	COMMUNE DE THEZILLIEU
BILLON André	BILLON Georges
	Résistants capturés par les Allemands à "LA CROIX DU PIN" -Commune de VJRIEU LE
GRAND.
 
 
	COMMUNE DE ROSSILLON
BARRIER Joseph -> Résistant capturé par les Allemands sur le territoire de la Commune de
VIRIEU LE GRAND.
 
 
	COMMUNE DE PUGIEU
FERLET Marcel -> Réfractaire STO, capturé par les Allemands à son domicile- Il était muni d'une
fausse carte d’identité.
 
 
	COMMUNE DE VIRIEU LE GRAND
GUY Jean-Marie (gendarme)	BELOTTI Antoine
	Résistants capturés par les Allemands à "LA CROIX DU PIN" commune	de VIRIEU LE
GRAND, en allant récupérer un blessé.
 
 
	COMMUNE DE CONTREVOZ
CANOVAS-LARIOS José	DOMINGOS-SANTOS Garcia
MARTINEZ-RUIZ Antonio	MEDINA-GONZALES Antonio
OCANA-MEDINA José	ORTEGUA-DOMINGUE Thomas
SANZ-PENA Santiago
 
	Sept bûcherons Républicains Espagnols arretés par les Allemands sur le terniore de la
commune de CONTREVOZ
 
M. Robert DURAND
 
VIRIEU LE PETIT, le 8 novembre1995.
 
 


 Col de la LEBE

  


 

Extrait du "MEMORIAL DE L'OPPRESSION"  REGION RHONE-ALPES

 
 
VIEU
 
- Au cours des opérations de juin, 3 habitants de la commune, MM. BERNARD
Georges, 21 ans, BERNINI Joseph, 21 ans, PERSCH Roger, 24 ans, sont arrêtés
et fusillés ultérieurement par les Allemands a CHALLES LES EAUX (Savoie).
	Rapport 146/2 du 01/07/44 du commandant de la compagnie de Gendarmerie de BOURG
 
 
 
ARANC
 
- Un habitant d'HAUTEVILLE, M. ARNOUX Alexis 17 ans, arrêté par les Allemands
est fusillé le 20 juin à CHALLES LES EAUX (Savoie).
 
P.V. 92 du 12/02/44 et 178 du 31/03/44 de la brigade de Gendarmerie d’HAUTEVILLE
Enqête des 17/10/44, 04/11/44, 09/l2/44 du docteur GUEUGNON
 
 
 
 
THEZILIEU
 
-Le 16juin, CLEARD Francis, 38 ans, GUILLERMET Gabriel 47 ans, partis
d'HAUTEVILLE, avec une ambulance, pour relever les corps de 2 camarades tués
au combat, sont arrêtés par les Allemands au hameau de PONTHIEU, gardés
comme otages à VIRIEU et à ARTEMARE. Avec les deux frères BILLON Charles,
23 ans, et André, 21 ans, faits prisonniers au combat de la veille, ils
sont conduits à CHALLES LES EAUX (Savoie) et fusillés le 20 juin 1944.
 
Enquête des 19/10/44, 03/06/44 et 26/11/44 du docteur GUEUGNON
Enquête 269 du 17/01/45 du service départemental du Mémorial.
 
 
 
 
 
AMBUTRIX
 
-Le 11 juin 1944, trois habtants de la commune sont arrêtés. Deux n'ont
jamais, depuis lors, donné de leurs nouvelles; le troisième, GUY Jean-Marie,
24 ans, gendarme, est fusillé par les Allemands à CHALLES LES EAUX, le 20 juin.
 
Enquête 194 du 20/12/44 du service départemental du Mémorial.
 
 
 
CONTREVOZ
 
-Le 19 juin, vers 8 h., des troupes allemandes cernent le hameau de PREVEYZIEU.
Après vérification des pièces d'identité, sept espagnols DOMINGO Santos Garcia,
60 ans, ORTEGA Dorningue-Thomas, 57 ans, OCAGA Médina-José, 57 ans,SANTIAGO
San-Pegna, 27 ans, MARTINEZ Ruy-Antonio, 28 ans, MARTINEZ Gonzalès-Mèdina,
24 ans, CANOVAS Larios-José, 34 ans, bûcherons, rattachés au 128ème groupe
de Travailleurs Etrangers d’AMBERIEU, sont emmenés et emprisonnés à ARTEMARE,
puis, le lendemain, conduits avec d'autres otages, en direction de CHAMBERY.
Ils sont fusillés à CHALLES LES EAUX,le 20 juin 1944.
 
Enquête 2bis du 08/11/44 du Seervice départemental du Mémorial.
 
 
 
PUGIEU
 
- Le 19 juin 1944, vers 8 h 30. un détachement allemand de 100 hommes environ,
cerne le hameau de CHAVILLIEU, perquisitionne dans toutes les maisons et
bâtiments d'exploitation et arrête FERLET Marcel, 24 ans, permissionnaire
prisonnier qui n'avait pas rejoint. Ce dernier est fusillé le lendemain à
CHALLES LES EAUX.
 
Enquête du 24/10/44 du docteur GUEUGNON.
 
 
 
 
 
ROSSILLON
 
- Le 20juin 1944, un habitant de ROSSILLON M. BARRIER Joseph, 54 ans, est
fusillé par les Allemands à CHALLES LES EAUX(Savoie).
 
Enquête du 23/10/44 du docteur GUEUGNON.
 
 
 
 
VIRIEU LE GRAND
 
- Le 17 juin, BELOTTI Antoine manoeuvre, de nationalité italienne, est arrêté
et fusillé 1e 20 juin l944 à CHALLES LES EAUX.
 
Lettre du 26/10/44 du Maire de VIRIEU LE GRAND.
 
 
 


Site tragique


 

M. Jean PACHOUD  (15 ans en 1944) ST ALBAN LEYSSE

	Le 20juin 1944, vers 18 heures, avec d'autres jeunes de mon âge, nous
gardions les vaches, pas loin de la RN 6, à coté d’un chemin de terre qui
reliait cette route à celle de BARBY dans la partie nord du terrain d’aviation.
Un groupe de soldats allemands terminait un exercice dans les tranchées
creusées dans ce même terrain.
 
	Alors un petit convoi, venant de la RN6, s'est engagé sur le chemin. Il
était formé d'un camion DMA Peugeot cabine avancée, encadré devant et derrière,
par deux véhicules légers, celui de tête étant une "Traction avant" Citroën.
Il s'est arrêté vers nous. Un homme en manteau de cuir noir est descendu du
premier véhicule et est allé discuter avec l’officier commandant les soldats 
à l'exercice. Tout de suite après, ceux-ci se sont mis à courir à travers
l'aérodrome en direction de la route de BARBY, vers LES ROCHETTES. Ils
paraissaient joyeux, certains criaient et faisaient tournoyer leurs armes.
 
	L'homme en noir s'est finalement approché de nous et nous a dit "partez,
nous avons un sale travail à faire". Ceci dans un français impeccable, sans
accent, ce qui me fit penser qu’il ne devait pas être Allemand. Nous lui
avons répondu que les vaches n'avalent pas fini de paître. Il est alors
reparti vers son auto en lançant: "de toutes façons, je m'en fous, comme cela
vous saurez ce qui arrive à ceux qui ne marchent pas droit !"
 
	Le convoi, arrivé sur la route de BARBY s'est dirigé vers LES ROCHETTES.
Les otages ont été rapidement descendus du camion et fusillés en deux vagues,
à l'arme automatique, par les soldats recrutés sur le terrain.
 
	Cudeux, nous sommes allés voir ce qui s'était passé. Le spectacle était
affreux. Les pauvres hommes étaient encore attachés deux par deux et criblés
de balles. Nous nous sommes retirés rapidement pour rentrer nos vaches.
 
 

Mme Marie-Louise MONACHON  (Melle TISSOT, 16 ans en 1944) ST ALSAN LEYSSE

	En fin d'après midi du 20juin 1944, J'étais "en champ les vaches" sur
le terrain d’aviation de CHALLES LES EAUX, alors désafecté, avec d’autres jeunes.
 
	J’ai vu un camion allemand emprunter le chemin qui traversait à l'époque,
la partie nord de l’aérodrome, menant de la RN 6 à la route de BARBY. Il
allait lentement. Des civils étaient debouts, les mains attachées dans le dos.
Je me souviens avoir remarqué que les ridelles étaient basses et m’être dit
qu'un mouvement brusque du camion pouvait les faire passer par dessus. Arrivé
sur la route de BARBY, il a tourné en direction du lieu-dit LES ROCHETTES.
Peu de temps après une fusillade a éclaté. Puis on a bien distingué des
coups de feu séparés.
 
	Dans un réflexe bizarre, le groupe de jeunes dont je faisais partie s'est
mis à courir dans la direction des tirs, en sautant par dessus les trenchées
creusées dans le terrain. Arrivés sur les lieux, nous avons eu une vision
affreuse: un vrai carnage. Les corps étaient littéralement criblés de balles
avec les conséquences que l’on peut imaginer. Nous avons alors battu en
retraite et fait rentrer à toute allure les vaches qui n'avaient pas encore
fini de brouter.
 
 

M. Frédéric BOUVIER  (11 ans en 1944) BARBY

	Après l'école, c’est à dire vers 17 heures, j’avais l'habitude, avec
d'autres d'aller garder les vaches sur le terrain d’aviation désaffecté à
l’époque. Les Allemands y faisaient des exercices, en particulier du tir.
 
	J'ai vu arnirer, venant de la R.N. 6, un convoi formé d'un camion,
d’une "Traction avant" Citroën et d’un autre véhicule léger. Le camion était
bâché. A l'intérieur il devait y avoir des Français, car on entendait "La Marsellaise".
J'ai remarqué une personne assise sur la ridelle arrière qui portait un
blouson de cuir marron comme ceux des Chantiers de Jeunesse.
 
	Les soldats allemands présents sur le tenain, avaient fini leurs exercices
et s’étaient dirigés vers l'entrée de l'aérodrome sur la R.N. 6. Ils ont été
rappelés et sont partis en courant vers LES ROCHETTES. Certains criaient et
brandissaient leurs armes. Plus tard, un ami m'a dit que la route de BARBY
avait été fermée par les soltats.
 
	Bien qu'étant jeune, voyant cette effervescence, j'ai eu la curiosité de
m'avancer vers l'intérieur du terrain d'aviation. Ainsi, j’étais à peu près 
à 300 mètres du lieu-dit "LES ROCHETTES" quand la fusillade a éclaté et que
j’ai vu les hommes tomber sous les balles.
 
	Je suis alors parti.
 
 
 
 
 
 

Mme Jeanne GARDIEN  (Melle DUPRAZ - 18 ans en 1944) BARBERAZ

	Une de nos propriétés, à coté du cimetière de BARBY, contenait des
cerisiers. En cette fin d'après midi, j’étais sur un de ces arbres pour faire
la cueillette. Un petit convoi est passé en direction de CHALLES les EAUX
dans lequel il y avait un camion d'où s'élevaient des chants en français.
 
	Plus tard j’ai entendu une fusillade. Je suis alors allée voir ce qu’i1
en était. Arrivée vers le terrain d'aviation, des amis m'ont conseillé de ne
pas aller plus loin. Bien m'en à pris, car ceux qui sont allés sur place
l'ont regretté, tant les images sont restées présentes à leur esprit pendant
bien longtemps.
 
	Cette affaire m’a terriblement frappé, au point de détourner mon regard
quand je passais devant ce pré dans lequel la tuerie de ces pauvres hommes
était rappelée pendant plusieurs années par la couleur de l'herbe.
 
 

Mme Georgette VIVIER  (34 ans en 1944) BARBY

 	En fin d'après midi, je revenais de LA BOISSERETTE à vélo, en passant
par CHALLES LES EAUX et rejoignais BARBY par la route longeant LES ROCHETTES.
Arrivée à hauteur des hangars actuels pour planeurs, qui n'existaient pas à
l’époque, un civil me fit arrêter d’un geste autoritaire, ce que je fis.
Peu après j'ai entendu une fusillade et j’ai pensé que, comme d'habitude les
soldats Allemands faisaient des exercices de tirs. En effet, ils avaient
installé des cibles contre la montagne. Les soldats étaient dans le terain
d’aviation et ainsi, tiraient par dessus la route. Celle-ci était donc
obligatoirement coupée, quand ces exercices avaient lieu.
 
	La fusillade a duré très peu de temps. Cependant, je ne voyais pas ce
qui se passait car la route fait un coude prononcé à cet endroit et il y avait
une haie. Tout à coup une "Traction avant" avec quatre personnes à bord,
surgit à grande vitesse en me frôrant au passage. Elle se dirigeait vers
CHALLE. Le Civil me fit alors signe que je pouvais avancer.
 
	C'est alors que j'ai vu un gendarme français déboucher de l'aérodrome en
vélo. Il avait vu quelque chose d'anormal depuis la R.N. 6 et avait emprunté
le chemin qui traverse le tenain au sud. Comme j’allais poursuivre mon chemin,
il m’interpella en me disant: "attendez, n'avancez pas, s'il arrive quelque
chose, prévenez la gendarmerie à l’hôtel du Château à CHALLES LES EAUX"
 
	Je l'ai alors vu se diniger vers un pré situé en dessous du CHAFFAT.
De loin, jai cru distinguer des vêtements à terre, mais voyant le gendarme
se découvrir, j’ai cornptis la signification de la fusillade : des hommes
avaient été tués. En revenant, le gendarme me le confirma et me dit:
"je vais aller prévenir ma brigade."
 
	Je sautais alors sur mon vélo et tout en pédalant à toute allure,
affolée, je criait: "Il y a des fusillés... Il y a des fusillés!"
 
 
 

M. Jean PERROTIN  (22 ans en 1944) CHALLES LES EAUX

	Je venais de CHAMBERY à vélo sur la RN6. Arrivé au niveau du pont de la
MERE, j'ai vu un fort attroupement de l'autre côté du terrain d'aviation,
au lieu-dit LES ROCHETTE. Intrigué, je me suis arrêté. Tout ce monde se
trouvait dans un pré, plus haut que le niveau de la route de BARBY, contre
la pente du hameau du CHAFFAT.
 
	A cette distance je ne percevais pas très bien les choses, mais on voyait
bien qui y avait de l'agitation des véhhcules se trouvaient dans le pré.
J'ai entendu des cris peut-être un chant Mais aussitôt une ou plusieurs armes
automatiques sont entrées en action. Cela a été très bref. Etant en situation
irrégulière, je suis rapidement rentré chez moi.
 
	Mon grand-père, Claude PERROTIN, était Maire et fut chargé par les
Allemands de prendre les dispositions récessaines pour l’inhumaton des corps.
Je me souviens que mon père, Jean PERROTIN, ainsi que Messieurs Marius DUISIT
(dit MANOU) et Jules RAMBAUD étaient parmi ceux qui ont fait la mise en bière.
 
 
 

M. Pierre COURRIER  (7 ans en 1944) CHALLES LES EAUX

	Le 20 juin 1944, en fin daprès-midi, mon père Joseph COURRIER, butait
ses pommes de terre dans une propriété que nous avons au lieudit LES ROCHETTES,
sur la route de BARBY il y avait également du blé et un pré. Occupé par son
travail et aussi caché par le blé déjà haut mon père a été surpris par
l'arrivée d'un petit convoi venant de BARBY. Il s’est immobilisé dans le pré
et des soldats Allemands ont sauté à terre d'un camion. Alors mon père, qui
ne se doutait pas du tout du drame imminent qui allait se dérouler, a quitté
son travail pour revenir chez nous, au hameau du PUY, à 500 mètres au dessus.
Arrivé à mi-parcours il a entendu la fusillade. Plus tard, il est retourné
sur les lieux. Je l'ai accompagné, mais je suis resté bien au-dessus, à la
lisière du bois.
 
	Pendant plusieurs années, l’herbe poussant à l'emplacement du carnage,
était beaucoup plus verte et plus dense, oomme pour nous rappeler cet événement tragique.
 
 
 

M. Michel ROCHEFRETTE  (13 ans en 1944)  CHALLES LES EAUX

	A la fin de l’après mdi du 20juin 1944, il faisait beau et j'étais
installé avec mon frère Jacques et mon ami Joseph-André AGUETTANT dans le pré
qui faisait l’angle de l’avenue des Thermes et de l'actuelle rue DENARIE.
 
	Venant de la RN6 et faisant le tournant en direction de BARBY nous avons
vu passer deux camions. Ils étaient débâchés Cela nous a permis de voir des
civils assis avec des gardes allemands. Etaient-ce les futurs fusillés?
 
	Le soir, quand mon père, le docteur Jean ROCHEFRETTE, nous a appris la
nouvelle, nous avons fait le rapprochement.
 
 
 

M. Daniel PETRIER  (16 ans en 1944) CHALLES LES EAUX

	L'après-midi du 20Juin 1944, le temps était très chaud et lourd. Nous
avions alors des vignes situées: l’une derrière la villa habitée, à l’époque,
par le Dr MATHIEU en contrebas de la route de Barby, l'autre, sur le chemin
des Ruffines qui va du hameau du Puy au secteur des Chavannes à Barby, vers 
la maison occupée en ce temps-là par Monsieur Marcel DAVID. Je suis donc parti
de la vigne du bas avec ma sulfateuse sur le dos pour me rendre à celle du
haut Il n'y avait pas de constructions à l'époque, ce qui permettait de couper
directement à travers prés.
 
	Sur la fin de mon travail j'ai entendu des tirs d'armes automatiques
qui m'ont un peu effrayé je l'avoue. Quand on a 16 ans, on n'a pas beaucoup
d’expérience ente matière. En plus, l'endroit, au pied de la Gorge de Camelot,
faisait caisse de résonnance. On aurait dit que les tirs avaient lieu à côté
de moi. La rafale a peut-être duré 10 à 15 secondes. Cela m'a paru long.
Puis j’ai perçu des éclats de voix, comme une furieuse "engueulade" et
aussi "Vive la France". A ce moment-là je me suis mis à courir sur le chemin
du retour attiré par la curiosité malgré une crainte certaine. Une deuxième
rafale fit tomber un silence inquiètant, entrecoupé de coups de feu individuel,
bien séparés.
 
	C'est alors que je débouchais au sommet des "Rochettes" surplombant un
pré en légère pente sur les contreforts du hameau du Chaffat. Là , je vis
deux rangées parallèles d’hommes étendus à terre, attachés deux par deux.
Un véhicule de commandement allemand s'éloignait et des soldats, fusils en
bandoulière, montaient dans un camion. Celui-ci avait une mitrailleuse en
tourelle qui avait sans doute servi au massacre. Me sentant repéré. je me suis
retiré rapidenent en direction du village de Challes où j’habitais. Quand j’y
parvins, j’ai pu constater que l’émotion était grande. De nombreuses personnes
discutaient dans les rues, mais un violént orage éclata qui les dispersa.
 
	Pour ce qui est de l’inhumation de ces pauvres gens, Monsieur le Maire,
Claude PERROTlN, avait chargé le garde-champêtre, Monsieur Ernest MOLLARD,
de solliciter des volontaires. Cette demande a vite fait le tour du village
et beaucoup ont répondu favorablement. Parmi eux, outre moi-même, il y avait,
me semble-il Messieurs François DUISIT, Henri DUISIT, Jean COUTER (charpentier),
Rodolphe GAI, Edouard COMMUNAL, Charles ROUTENS, Roger PETIT.
 
	Le lendemain, 21 juin le travail commença à l'aube.
 
	Il devait être terminé à midi et on nous a pressé toute la matinée.
L’autorité allemande avait ordonné que les tombes soient dispersées. Nous
avons donc fait une dizaine de trous disséminés dans le cimetière pouvant
contenir deux cercueils chacun. Ceux-ci sont arrivés dans le camion de Monsieur
Hugues JEANNET qui le conduisait lui-même. C'était en fin de matinée. Nous
avions pratiquement fini nos fosses et nous avons tous cessé de bouger pour
suive des yeux la manoeuvre. Les cercueils étaient recouverts d'une bâche.
Le véhicule a fait un demi-tour laborieux pour présenter son arrière face
au grand portail d'entrée et il a reculé à l’intérieur du cimetière de 20 à
30 m. Les personnes les plus près de l'entrée ont déchargé les cercueils sur
le terre-plein. Une fois vide, le camion, sans attendre, est reparti vers
Challes. Je nai pas participé à oette opération car j’étais au fond du cimetière.
Cet instant cependant a été un des moments émotionnels très fort de la journée
et il a été vécu dans le silence et le recueillement par tous.
 
	Monsieur le curé était présent non loin de l'entrée. Il avait suivi ou
précédé le camion sans se faire remarquer. Il aurait procédé à la bénédiction
des corps à distance malgré l’interdiction, ce qui a créé quelques mouvements
d'humeur, mais an sourdine.
 
	La surveillance allemande s'est retirée à midi. Il ne restait plus que
les travaux de finition qui ont traînés un peu dans l'après-midi.
 
 
 
 
 
 
 
 

M. André BATARDIN  (16 ans en l944) CHALLES LES EAUX

	Ce jour là en fin d'après-midi, j’étais dans mon jarbin, derrière chez
moi, avenue Charles PILLET. Je ramassais quelques pommes de terre pour ma
grand-mère. Tout à coup, des rafales d'armes automatiques se sont faites
entendre. L'émoi s'est vite manifesté dans CHALLES. Curieux, comme beaucoup
je suis allé à vélo dans la direction d’où venaient les tirs. Arrivé au lieu-dit
LES ROCHETTES, sur la route de BARBY, il y avait déjà du monde et j'ai
découvert des corps allongés par terre dans un pré, à coté d’un champ de blé.
Un homme portait encore sa veste pleine de sulfate pour traiter la vigne.
Evidemment ce n'était pas beau à voir et je suis revenu chez moi.
 
	Là, mon voisin, Hugues JEANNET m'a demandé de l'accompagner. Il avait
été réquisitionné avec son camion pour aller chercher des cercueils à
CHAMBERY, dans une menuiserie du pont de la GARATTE, à côté de la barrière
du chemin de fer. Ils avaient été faits à la hâte avec de simples voliges
pas bien solides.
 
	Revenu sur le lieu du massacre, les corps ont élé placés dans les cercueils
et nous les avons amenés au cimetiere, où ils passèrent la nuit. Un orage
éclata alors et je suis rentré trempé, avec une bonne dispute à la clé de la
part de mes parents!
 
	Je sais que le lendemain 15 à 20 personnes ont creusé des tombes et que
le curé LANSARD est venu "en douce" bénir les corps. On m'a d'autre part
assuré qu'une main discrète a déposé, dans la nuit, une fleur sur chacune
des tombes, ce qui n’a pas été du goût des occupants. Des hommes ont donc été
obigés de monter la garde plusieurs nuits pour éviter toute récidive.
 
 
 
 
 
 
 

Mme Alice JEANNET  CHALLES LES EAUX

	Mon mari Hugues, a été réquisitionné avec son camion pour aller chercher
des cercueils à CHAMBERY. Revenu à CHALLES, au lieu-dit LES ROCHETTES, sur
la route de BARBY, quelques personnes ont aidé à mettre les corps en bière.
Les cercueils ont ensuite été amenés au cimetière.
 
	Le soir, à la maison> mon mari s'est trouvé très affectté du fait de cette
opération, en particulier de voir son camion plein de sang. Aussi il décida
de le mettre volontairement en panne et de le placer dans un endroit discret
à STJEAN D'ARVEY, je crois.
 
 
 
 
 
 
 

M. Henri DUISIT  (22 ans en 1944) CHALLES LES EAUX

	Le matin du 21juin 1944, dans le cimetière de CHALLES LES EAUX en
compagnie de plusieurs hommes, j’ai creusé des fosses à différents emplacements
désignés par les autorités allemandes. Nous avons commencé de bonne heure.
Le travail devait être terminé à midi. Je faisais équipe avec Monsieur GOLIN,
mais j’ai donné des coups de main ailleurs, car le terrain est dur à cet
endroit. Les fosses étaient faites pour deux cercueils.
 
	Je me souviens, qu'avec nous, il y avait aussi Jean CLANET et Michel
GIRARD-REYDET.
 
	Avant la mise en terre, le Curé LANSARD, de CHALLES LES EAUX, a béni les
corps et dit une prière.
 
 
 
 
 
 
 
 

M. Francois DUISIT  (26 ans en 1944) CHALLES LES EAUX

	Je me souviens de très peu de choses, sinon que j’ai creusé des tombes
et que je faisais équipe avec Georges ELOUD. Il y avait aussi Joseph DUISIT.
 
 
 
 
 
 
 

M. Jean CLANET  (17 ans en 1944) CHALLES LES EAUX

 	Tout cela est bien loin, mais j’ai effectivement creusé des tombes au
cimetière le matin du 21juin 1944. Je faisais équipe avec Georges CHAMBON.
La plupart des jeunes, comme moi, remplaçaient leurs parents pour faire ce
travail.
 
 


Stèles 1  stèle 2


 
 

MAIRIE DE CHALLES LES EAUX   (extrait du registre de l'état civil)

 
 
 
 Mentions marginales
 
	1944          N° 11	Décès	Dix-neuf hommes inconnus
Exhumés le 05 sept.1944en présenoe du Maire, du garde champêtre et du
délégué de la Croix RougeFrançaise, afin que tous les renseignements
possibles pris, puissentêtre communiqués aux familles
 
 
Texte de l'acte
 
Le vingt juin mil neuf oent quarante quatre vers dix neuf heures, au lieu-dit
"Les Rochettes" à Challes les Eaux sont décédés dix-neuf hommes, de domicile
et d'état civil inconnus, non identifiés par ordre, âgés de vingt trois à
cinquante ans environ, les dix neuf décès constaté par M. le Docteur Jean
Rochefrette, mis en bière le même jour au même lieu en présenoe de M.M.
Claude-Marie Perrotin, Maire, de Victor Peytour, adjudant, d'Emile Lagrange,
 maréchal des logis chef, de Gabriel Saltel gendarme, de Louis Ducruet,
gendarme, tous les quatre à la gendarmerie de Chamléry, repliée à Challes
les Eaux, Hotel du Château. La non ldentification et l'inhumation au cimetière
communal en (1) tombes séparées et éparpillées ont e lieu par ordre des
Autorités Allemandes transmises () à la gendarmene h 'Hotel du Chaeau par
la préfecture de Chambéry.
 
Dressé le vingt et un juin mil neuf cent quarante quatre à dix sept heures,
en prèsence de Victor Peytour, adjudant de gendarmerie à la brigade de
Chambéry, repliée à Challes les Eaux, Hotel du Château, et qui lecture faite
a signé avec nous Claude Marie Perrotin, Maire de Challes les Eaux.
(1) un mot omis  dix. - (2) un mot omis : téléphoniquement. Renvois approuvés.
 
 
 
	Signé		Signé
	PEYTOUR	PERROTIN
 
 
 
 
 


 
 
 

EXTRAITS DE PRESSE

 

Les Allobroges du 18 septembre 1944 

journal 1

journal 2

   

 

Les Allobroges du 26 septembre 1944  journal 3

 

 Le Bugiste Républicain du 16 décembre 1945  


EPILOGUE

  
 
	Après  la libération, il y eu une première exhumation le 5 septembre 1944,
faite par des prisonniers allemands, en présence de la Croix-Rouge, du maire
et du garde champêtre, pour recueillir le plus de renseignements possibles
à communiquer aux familles. Les bières défectueuses ont été remplacées et
l'ensemble regroupé dans une fosse commune à l'entrée du cimetière, surmonté
d'un petit monument avec Croix de Lorraine. Une deuxième exhumation se fit
en déoembre 1944. Un certain nombre de corps furent transférés dans les
concessions familiales.
Les autres restèrent quelques temps, puis furent transportés au cimetière du
Monument des Maquis de l'Ain, au VAL D'ENFER, commune de CERDON.
 
	Le 6 novembre 1944, le conseil municipal de CHALLES LES EAUX décida
d'ériger une stèle à proximité de l'emplaoement de la fusillade. Une somme
de 30.000 F fut votée. Monsieur Marcel FOURNIER, nouveau maire mais aussi
architecte, fut chargé de la surveillance des travaux. Signalons la soirée
donnée par les aviateurs à la salle des fêtes de la commune en faveur des fusillés
qui rapporta 9.000 F. L'inauguration se fit sous  le patronage du Comité de
Libération. Par la suite, Messieurs PETIT, REVEL et SARAN furent chargés du
suivi oenoernant l'entretien du monument.
 
	Nous devons remarquer combien il est émouvant que, plus de cinquante ans
après ces événements, la date du 20 juin soit restée gravée dans la mémoire
de tous: familles, résistants, autorités civiles et militaires, habitants
du VALROMEY, commune de CHALLES LES EAUX et de BARBY.
 
	Année après année, le rendez-vous à lieu régulièrement devant la stèle
érigée au bord de la route reliant les deux communes savoyardes, à proximité 
de l'endroit où dix-neufs hommes sont tombés pour que nous puissions jouir
de la liberté et de la démocratie, deux notions fragiles et nécessaires, qui
requièrent toujours notre vigilanoe.
 
 
 


Complément d 'information

 
 
 
	Le texte reproduit ci-dessous est celui du discours prononcé
par Monsieur Louis DOUILLET, secrétaire de l'amicale-des Résistants du Valromey, le 20 juin 1997, lors de la cérémonie annuelle
commémorant le tragique événement de Challes-les-Eaux.
	Il montre combien des faits, relativement bénins en temps
normal, comme une simple absence, peuvent être à l'origine d'un
véritable drame en d'autres circonstances.
 
 
 
 
 
		Messieurs les Maires,
		Messieurs les Représentants des Autorités Civiles et Militaires,
		Messieurs les Responsables d 'Associations,
		Mesdames, Messieurs,
		Chers Camarades de la Résistance,
 
		En souvenir de nos dix-neuf compatriotes du Valromey et du Bugey,
fusillés ici, aux "ROCHETTES", le 20 Juin 1944, nous voici réunis comme
chaque année, pour commémorer solenellement leur fin tragique.
Aussi, au nom de l'Amicale des Anciens Résistants au Valrorney, je vous
exprimerai fout d'abord ma profonde reconnaissance pour votre fidélité au
devoir de mémoire.
		Depuis l'an dernier, ce devoir de mémoire a été concrétisé par la
publication d'une plaquette par nos amis de "Connaissance de Challes-les-Eaux
et des environs" et du "Comité Cantonal dit Souvenir Français" de la Ravoire.
C 'est-à-dire, plus particulièrement par Messieurs Roger DUMOLLARD, Henri
PESLIER et Maurice DUBREUIL.
		Autant d’amis, qui ont droit à nos vifs remerciements; lesquels
vont aussi au Président de l’amicale des Anciens de I 'Armée Secrète de
BARBY, notre cher camarade Henri REVEL, ainsi qu'à toutes celles et a tous
ceux qui, d'une manière ou d'une autre, ont apporté leur contribution a la
réalisation de l'ouvrage.
		Comme il se devait, celui-ci a été fort apprécié par nos concitoyens.
Au point que les 90 exemplaires dont nous disposions ont trouvé aisément
preneurs. Et que l'on peut en prendre connaissance auprès des bibliothéques 
es Anciens des Maquis de l'Ain, à Bourg-en-Bresse, du District du Valromey,
à Champagne-en-Valromey, et de la commune d’Artemare.
		En liaison avec la parution de cette plaquette, j 'ajouterai, ainsi
qu 'il était souhaité, une précision concernant le triste choix de
Challes-les-Eaux comme lieu du drame. Elle émane de Madame COMMENOZ, soeur
du gendarme Jean-Marie GUY, fusillé ici. Fusillé ici parce que l’unité d'un
officier allemand arrêté et fusillé par les Maquisards, était basée à
Challes-les-Eaux.
		Lieu de cantonnement, d 'où lieu de vengeance. Que payèrent
		de leur vie dix-neuf Résistants et otages, courageux martyrs morts
en chantant la "Marseillaise" et en criant "Vive la France", ainsi qu'ici
on en a relevé les témoignages.
 
		Sur la question de leur sacrifice, je vous rapporterai maintenant
la version du colonel GIROUSSE-CHABOT, étant dans le maquis, telle que l’a
transmise au secrétaire de notre association, le vice-président de
l'Association Nationale des Anciens des Maquis de l'Ain et du Haut-Jura,
Raynond JACQUET.
Voici:
		"Vers le 15Juin 1944, l’A.S. d'Hauteville a arrêté une voiture avec 
trois personnes à l'intérieur: deux hommes en civil et une femme. Ces
personnes douteuses ont été conduites au P.C. du Capitaine CHABOT, à Vieu
d’Izernore. Comme il était absent, elles ont été emmenées au P.C. du
Commandant ROMANS, à Izernore. Il s'agissait de deux soldats de la Wermacht,
un Capitaine et son chauffeur. On suppose que la femme était française.
Après interrogatoire, ils ont été condamnés comme espion (en civil) et
fusillés tous les trois.
		Quelques jours après, est parvenu au P.C. de CHABOT, une lettre
écrite par un Commandant allemand, "en allemand". Cet officier proposait
l'échange du Capitaine et de son chauffeur (il n’était pas question de la
femme) contre douze Résistants qu'il détenait prisonniers. C'est en prenant
contact avec le P.C. de ROMANS que CHABOT a appris que l'exécution avait eu
lieu. Donc, plus de tractations possibles."
 
		On voit donc ainsi que le Capitaine CHABOT, au coeur de cette
tragique affaire, avait dû s’avouer impuissant a la résoudre. Malheureusement.
 
		Je vous remercie de l'attention que vous avez apportée à la lecture de ces précisions
douloureuses.
 
 

 


    Cette plaquette rassemble beaucoup de témoignages. Cependant nous sommes conscients que d’autres renseignements (récits, photographies, documents divers) peuvent être recueillis. Nous les accepterons toujours avec reconnaissance car ils viendront enrichir les archives constituées à propos de ce tragique évènement.

 

 


stèle 5


Mise à jour le dimanche 15 avril 2001